L’objet du blog

Le présent blog est un blog juridique: le lecteur trouvera des commentaires de loi, de jurisprudence et des articles relatifs à tout ce qui peut toucher de près ou de loin le droit, tout particulièrement administratif et de l’environnement. Néanmoins, le but de ces articles, rédigés avec un point de vue militant (lire pour cela la partie « thèse sociétale »), les contenus sont rendus autant que possible accessibles à un public non juriste.

Ainsi, nous tentons ici de décrypter l’actualité juridique, d’une manière engagée, c’est-à-dire en rappelant le plus possible le contexte factuel et politique qui permet de comprendre autrement le droit. Il s’agit d’une science sociale, et est à ce titre descriptible sans forcément prendre une position partisane. C’est de cette façon que le droit est enseigné aux étudiants dès leur premières année: ils doivent se contenter de connaître le droit « positif », en vigueur à une époque donnée, et être capables de chercher et le restituer à leur (futur) client si par exemple, ils deviennent avocat, ou juriste en entreprise. En somme, il s’agit de connaître le cadre légal applicable à telle ou telle discipline, et de le décrire à ce lui qui en fait la demande, sans critique aucune.

Ce « positivisme » juridique qui se borne à décrire et dont une large partie de la doctrine juridique est (inconsciemment) convaincue est à la longue frustrant pour un juriste qui, toute la journée, ne fait que répéter et porter à la connaissance des autres « ce qui est ».

Ce qui « n’est pas », c’est le droit notamment dit « naturel », tel qu’il devrait être dans une société parfaite, plus morale, modérée et équilibrée. Il n’est pas inutile de rappeler que le droit est actuellement fabriqué par les députés (français et européens), très souvent par le biais de projets de loi (initiative gouvernementale) ainsi que des différents tribunaux (là encore français et européens).

Ce droit qui constitue notre cadre sociétal est par conséquent imbibé des concepts qui caractérisent notre société moderne: destruction environnementale, croissance illimitée, mondialisation, ultra-libéralisme, projet sociétal uniquement fondé sur l’économie, travail, etc., et est l’expression d’un rapport de force qui n’a rien de naturel ni d’inéluctable.

Changer de convictions à titre personnel permet aussi de changer de point de vue sur ce droit et donc le critiquer. Faire du droit sans avoir une connaissance du fonctionnement de notre société limite donc largement l’intérêt de cette discipline, dès lors qu’une double lecture doit être opérée. Les quelques piliers qui fondent notre mode de vie industriel étant démasqués, il convient alors pour le juriste de comprendre sa matière d’un œil différent, avec un nouveau prisme d’interprétation: on peut alors le décrypter, dire ce qui est, mais aussi ce qui devrait être dans une autre société.

L’objet de ce blog est donc de révéler le droit tel qu’il ne l’est que trop rarement, c’est-à-dire avec un angle de vue militant, conscient de la nécessité de changer notre société en profondeur.


Encore faut-il décrire quel est cet engagement, quelle est cette vision de la société portée dans ces pages

Cette vision de la société débute par deux constats:

-le premier est celui de la misère. Misère du corps, et misère de l’esprit, celles-là même que Victor Hugo décrivait il y a longtemps déjà, et qui n’ont pas disparu, loin s’en faut. Du corps d’abord, lorsque l’on observe l’état de pauvreté de nos concitoyens et plus largement de milliards d’individus sur terre. En France, le nombre de sans domiciles fixes a doublé en dix ans, plus de cinq millions d’individus sont sans emploi et surtout sans revenus, les pauvres s’appauvrissent, les classes moyennes sont en difficulté, et les plus riches s’enrichissent comme jamais. Les écarts de salaire augmentent, et une petite partie de la population détient l’essentiel de la richesse. Misère de l’esprit lors que l’on observe également la débilitation profonde inculquée par les médias et autres divertissements de notre temps. La culture, l’intellectuel et la réflexion sont reniés au profit de l’instantané, du divertissant et souvent du stupide. Il suffit de zapper pour s’en rendre compte.

-le second est le constat de la dégradation de l’environnement, et il s’agit là, le lecteur l’aura compris, d’un des thèmes majeurs du blog. Analyser les problèmes environnementaux, c’est en rechercher les causes et donc les responsables ainsi que ceux qui en tirent le plus grand profit. Là encore, peu de surprises: on retrouve souvent des grandes entreprises derrières les destructions écologiques, soutenues par un Etat qui n’a de démocratique que le nom et ce malgré des « élections », le tout pour un projet de société centré sur l’économie, cette « science » qui devait nous apporter le bonheur.

L’analyse est donc lapidaire, mais il nous semble, fondée: notre époque n’est pas celle du respect des hommes. L’humanisme a été relégué derrière le front de l’économie, de l’industrie et du profit qui semble justifier tous les excès. L’injustice sociale, une certaine idée de l’égalité, se creuse et surtout la modération des plus riches s’estompe, sur fond d’exploitation de la « ressource environnementale » par la « ressource humaine », elle-même complètement asservie au service de la machine, de l’outil.

Nous avons oublié notre « éco-condition », c’est-à-dire le fait que nous vivons sur une planète dont les ressources ne sont pas illimitées et dont il faut prendre soin. Cette limitation des ressources remet évidemment en cause la majorité des dogmes portés par les « trente glorieuses »: croissance, industrie, scientisme, compétition internationale mondialisée, etc. La société de consommation fondée sur la dette, elle-même créée et profitant aux banques, n’a manifestement pas apporté le bonheur dont elle était censée être le vecteur. La recherche de croissance du PIB est un but qui a rendu notre société, et plus particulièrement nos dirigeants, aveugles. De là, la concurrence, et l’exploitation de l’Homme par l’Homme. Bref, la misère.

Les deux cents ans de société industrielle qui nous précèdent, ponctués par ces trente glorieuses, ont achevé de saper tout sentiment de l’existence d’une communauté où chacun aurait sa part à faire. L’économie qui devait selon Smith relier les Hommes n’a fait en définitive que les éloigner, d’autant plus que le capitalisme a oublié la morale qui pourtant était mise en avant par ce même auteur à qui l’on doit rendre un peu justice.

La mondialisation est aujourd’hui devenue une fuite en avant, la nécessité de trouver des débouchés et marchés, auparavant avec facilité dans les colonies, laissant place à une compétition sans merci, vecteur de conflits toujours plus intenses. Les gouvernants sont donc tentés de soutenir des multinationales despotiques et de taire toute possibilité démocratique, tout en maintenant les individus dans un abrutissement intellectuel et une opposition permanente les uns aux autres. Les stigmatisations ont bonne mine pour aveugler nos concitoyens : étrangers, indigents, insécurité, terrorisme, etc. Toute personne ne rentrant pas ou plus dans le rêves prométhéen est donc exclue.

Critiquer ne suffit pas, nous attachons ainsi beaucoup d’importance à réhabiliter l’écologie en tant que solution globale et unitaire à de nombreux maux de notre société: évidemment préservation fondamentale des milieux qui nous permettent de vivre, protection des individus et redistribution de la richesse, remise de l’économie au service de l’homme et non l’inverse. En somme le vrai développement durable, pas le greenwashing qui permet d’augmenter les bénéfices, mais une société équilibrée sur ces trois piliers écologique, social et économique. Car entrer dans une analyse sociétale par la porte des dommages environnementaux permet, une fois le fil d’Ariane déroulé, de mieux comprendre les autres sujets. Nous militons donc pour une véritable transition énergétique sans nucléaire qui confère aux individus une plus grande autonomie énergétique; pour une agriculture sans produits chimiques permettant de produire de la qualité et de créer des emplois locaux; pour une réduction de nos consommations en général et la sobriété (moins d’énergie, moins de biens inutiles, moins de ressources); pour une véritable instruction de nos concitoyens et un abandon de toutes les formes de violence (mondialisation militariste et agressive, publicité racoleuse, médias orientés, etc.); pour un meilleur partage de la richesse, la solidarité, le local, la création de liens sociaux forts. En bref, pour une société « conviviale » tel que le disait Ivan Illitch, ou une « sobriété heureuse » de Pierre Rabhi. Nous sommes pour une redéfinition du « progrès » qui ne consiste pas seulement en une augmentation de la richesse financière, mais concerne aussi l’état de notre civilisation et de son bien-être (lire notre article à ce sujet). En somme, tout l’inverse des dogmes rythmant les journées de nos divers gouvernements, qui n’ont d’autre occupation que de développer un novlangue toujours plus fourni pour masquer la réalité.

Un dernier développement sur un thème auquel nous attachons beaucoup d’importance est celui du travail: la nécessité d’avoir un emploi, souvent salarié, est devenu le fait central de nos vies depuis le 19e siècle. En effet, le couplage de nouvelles énergies et de machines-outils puissantes donnant vie à l’industrialisation, le travail devait devenir une « compétition sociale acceptable » permettant aux individus de s’élever et de réussir selon un modèle méritocratique (voir notamment D. Méda, « le travail, une valeur en voie de disparition ? »). La question de savoir si la population est occupée ou s’il y a du chômage a donc rythmé les deux derniers siècles de nos sociétés occidentales, à coup d’alternance crises / croissance.

Ces mêmes machines-outils et la technologie ont révolutionné le travail après-guerre, certains parlant de « fin du travail » du fait du chômage technologique touchant tant l’agriculture, l’industrie que les services, sur fond de délocalisations à l’étranger du fait de la mondialisation. On se référera au sujet de cette thèse à Jeremy Rifkin qui a publié en 1995 un ouvrage éponyme très visionnaire auquel nous adhérons largement. Après lecture, on constate qu’aucune réflexion sur le travail, sa place dans nos vies et sur une autre conception de ce fait social n’a été menée récemment, alors même que les dernières campagnes présidentielles en ont fait leur leitmotiv (« travailler plus pour gagner plus« , « redressement productif« , etc.). Une réflexion est donc nécessaire à ce sujet sur fond de chômage de masse impossible à résoudre en l’absence d’une croissance qui n’est pas environnementalement souhaitable. De ce concept de « fin du travail » découlent beaucoup de constats qu’il serait difficile de décrire de manière synthétique. Disons simplement que tout est lié et que repenser le travail, c’est repenser l’organisation de nos vies, de la place de l’économie et réexaminer des sujets tels que l’insécurité, la vie sociale ou encore le partage des richesses. On notera que ce concept semble complètement inconnu du juge administratif qui accepte de faire droit à un chantage à l’emploi suranné (lire notre article à ce sujet).

C’est donc avec tous ces sujets en tête que sont l’écologie, la croissance, la mondialisation, le travail, la justice sociale, l’état de notre démocratie et bien d’autres, que le lecteur devra parcourir les articles publiés en ces pages.

Cessons de décrire, agissons !

Bonne lecture !

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