Les juristes, facilitateurs de la transition écologique et sociale ? Conseils aux étudiants, jeunes professionnels du droit et associatifs !

plante-trottoirChacun pourra le constater, si elle/il s’intéresse aux sujets que sont l’écologie, le social ou l’économie éthique: de plus en plus de projets se lancent et fonctionnent, pour changer au mieux et au plus vite notre société. Il est vrai que l’enjeu est immense : moins polluer, préserver et protéger les ressources naturelles, construire une société plus fraternelle et partager la richesse… (entre autres !).

De nombreuses compétences sont nécessaires dans cette action militante pour amorcer et mener à bien cette transition : politistes, techniciens, sociologues, naturalistes, économistes et bien d’autres… et aussi les juristes ! Dans un précédent article, j’avais déjà exposé les bénéfices tenant au recrutement d’un juriste au sein d’une asso. Voici un article plus complet sur le sujet, avec quelques conseils (purement personnels) aux étudiants ou jeunes pro, après plus d’un an en tant que juriste salarié en asso environnementale.

I – Ca bouge chez les juristes ?!

Il y a donc bien de l’espoir car, même au sein de la « communauté » des juristes, de plus en plus croient en une autre société et, mieux encore, mobilisent leurs compétences au profit de nouveaux projets, écolos et/ou altruistes ! Les bancs d’étudiants en-cravatés en mode gros clichés et qui visent Gide, Suez, Eiffage ou rien se réduisent, petit à petit… 😉

Rien que dans le domaine de l’environnement, de nombreuses initiatives très pertinentes se sont mises en place ces dernières années, à l’initiative de ou avec des juristes :

Citizen Case, qui permet le financement participatif des recours en ligne

Notre affaire à tous, qui à pour but de juridictionnaliser les crimes climatiques et écologiques

Sharelex, qui est un site ouvert permettant de lancer et mener à bien des « lab’ » juridiques collaboratifs sur des thématiques juridiques en lien avec l’ESS, l’environnement…

-les Masters 1 & 2 en droit de l’environnement se multiplient et prennent de l’ampleur

-des associations de moyenne taille ou de plus grande taille recrutent en interne, de plus en plus, un ou des juristes (chouette!)

Voilà donc des exemples concrets qui démontrent un engagement de plus en plus important de leur part ! Certains sites biens connus s’y mettent, puisque le Village de la Justice a même consacré plusieurs articles à ce sujets à l’occasion de la COP 21, ou encore lors du Festival Zero Waste, et c’est tant mieux ! Il y a encore fort à faire pour les revues classiques (Dalloz, Lexis Nexis…), très branchées « actu » et plus politisées qu’on ne le croit (on ne compte plus les tribunes d’avocats parisiens affairistes qui exposent leur vision du droit…), mais Rome ne s’est pas faite en un jour !

II – Les juristes, utiles et nécessaires pour faciliter la transition écologique ?

Il pourra y avoir des sceptiques chez les juristes et surtout chez les militants non juristes. Il est vrai que le cliché qui colle à la peau des étudiants et professionnels du droit est difficile à déconstruire. Dans l’imaginaire, un juriste est forcément :

-un empêcheur de tourner en rond (parce qu’il dit des trucs incompréhensibles, et dit toujours « non »)

-un gars pas engagé, qui roule en 4*4 et qui vote Sarkozy (enfin, votait… !)

-un gars qui ne sert à rien, parce que de toute façon on en a pas besoin !

Et pourtant, c’est tout l’inverse. Le droit est une science sociale qui peut être complexe certes, mais il est tout à fait possible de s’adresser à un juriste, pour peu qu’il prenne la peine d’expliquer clairement les choses. Et il ne vous veut pas du mal, il vous alerte simplement sur ce que vous avez le droit (ou pas!) de faire, et dans quelle mesure votre action peut présenter des risques, ce qui est plutôt utile pour peu qu’on lui laisse un peu de marge de manœuvre et qu’on ne le consulte pas au dernier moment. 🙂

Il y a aujourd’hui beaucoup de jeunes étudiants ou de professionnels du droit (avocats, juristes en entreprise, en asso, etc.) qui sont tout à fait engagés et militants, et c’est tant mieux !

Cela fait plus d’un an que je suis juriste dans une association agréée de protection de l’environnement, décision prise après avoir obtenu le CAPA et… sans aucun regret ! Au delà du fait que c’est épanouissant à titre personnel et professionnel, les compétences de juriste servent dans de nombreux aspects et au profit d’actions variées. Je vous en propose une synthèse car vous êtes de plus en plus d’étudiants à demander des conseils dans le cadre de vos choix professionnels à venir, ou jeunes avocats nourrissant (déjà!) un projet de reconversion professionnelle! 🙂 :

-l’opposition : le juriste a sa place dans l’opposition contre ce qu’on on ne veut pas, chez les militants écolo – sociaux. Contester des décisions publiques, des projets voire intenter des recours judiciaires et pénaux, il y a toute une palette pour l’aspect « lutte » de la transition écologique et sociale de notre pays. Le juriste en association peut à ce titre aider les asso « locales » à y voir plus clair dans les procédures (enquêtes publiques, analyse d’autorisations, rédaction de requêtes ou parties de requête…), ou agir directement au nom de son asso notamment lorsqu’elle est agréée.

-l’amélioration : la production législative et réglementaire est fleuve dans tous les domaines environnementaux. Et il y a fort à faire pour que cette production réglementaire reste ambitieuse et progresse (ce n’est jamais gagné…). C’est donc dans le plaidoyer (ou « lobbying ») que le juriste peut être utile, en support (préparation de réunions, d’arguments) ou en direct (amendements, propositions de rédactions, réunions, etc.).

-la crédibilisation : d’une façon générale, il peut aussi être utile de recourir au langage juridique dans son côté « technocratique », ce qui permet de crédibiliser le discours et/ou la structure. Cela est ponctuellement utile notamment pour les asso « roots » peu structurées qui ont du mal à accéder aux décideurs publics, tels que les Préfets, les Maires, etc. Mais ça, c’est au cas par cas 🙂 Plus globalement, il s’agit aussi de faciliter l’accès au droit et sa compréhension, en publiant utilement des fiches pratiques pour néophytes.

-l’accompagnement et la sécurisation des alternatives: les starts-up et autres « entrepreneurs » sont légion et ont besoin d’aide juridique de tous types (pas seulement environnementale : il y a de la place pour beaucoup de compétences juridiques différentes comme le droit des sociétés, le droit social, etc.). Rédiger des guides réglementaires, en open source ou pas, sur des secteurs identifiés, peut ainsi permettre de débloquer des freins pour des dizaines de projets, accélérer leur mise en route et surtout en sécuriser le fonctionnement, sans pour autant faire du conseil personnalisé, qui reste bien sûr un monopole des avocats.

L’action est donc variable : en support sur des projets ou pour des collègues, ou directe, c’est selon. De même, les interlocuteurs sont nombreux : associations locales, entrepreneurs, institutions publiques, etc. Et dans des buts variés : s’opposer, proposer, aider, sécuriser…

Un conseil cependant : le métier de juriste en association est différent du métier d’avocat ou de juriste en entreprise. Tout dépend, mais dans mon expérience personnelle, l’association œuvre sur une thématique précise (déchets – économie circulaire) qu’il faut étudier et maîtriser au-delà de ses tenants juridiques. Dans un tel contexte, le juriste ne peut en effet pas se contenter de son savoir spécifique : il faut chercher à comprendre un secteur, une discipline, et en maitriser les aspects institutionnels et politiques, les enjeux, les statistiques, etc. Donc pas de recherche juridique toute la journée (mais c’est plutôt une bonne chose non ? 😉 )

III – Identifier un recruteur ? Recruter un juriste ? Quid ?

Il y a encore beaucoup d’associations (notamment!) qui n’ont pas de juriste en interne, alors qu’il y aurait du travail et un rôle important à lui donner.

Côté étudiants / jeunes pros, vous êtes nombreux à me demander s’il existe des techniques d’identification de potentiels recruteurs… Moi, ma technique a été, lors de la recherche de mon premier stage en asso, de cibler plutôt les associations agréées (une liste est publiée par le ministère), et éplucher au maximum les rapports d’activités annuels (quel budget ? Des salariés pour entourer l’action ? Des dossiers / activités / projets suffisants pour nécessiter la présence d’un juriste ?).

En fonction de ces données, vous sentirez vite s’il  y a de la place (au sens physique du terme et dans la suffisance des activités courantes). Dans le doute, il faut tenter et montrer ce que vous pourriez apporter à la structure, quels besoins vous-mêmes avez identifié dès à présent. Si vous êtes étudiant, un stage peut être une bonne façon de tester, sur quelques mois, la pertinence ou non du dispositif. Si la structure est dynamique et audacieuse, il n’y a pas de raison que ça ne passe pas 🙂 Aussi, n’hésitez pas à orienter vos travaux de recherche, au stade des mémoires notamment : le thème abordé peut intéresser telle ou telle asso par rapport à ses campagnes !

Côté recruteur, si vous avez lu l’article, vous êtes convaincus c’est sûr 😉 Pourquoi ne pas tenter l’expérience avec un stagiaire, étudiant ou élève-avocat ? En six mois, vous serez vite fixés pour peu de risques financier et humain. Il est ensuite possible de décrocher des contrats aidés, lever des fonds (crowdfunding ou autre dispositifs) ou bien mutualiser le poste avec une autre association proche, pourquoi pas ? N’hésitez pas à recenser en interne quels pourraient être vos besoins, les projets à développer… en tout cas le meilleur moyen, c’est d’essayer !

J’espère avoir apporté des réponses pertinentes, concrètes et utiles à vos questionnements qui sont de plus en plus nombreux, et c’est super. Que vous soyez étudiant, professionnel en reconversion, ou recruteur associatif, n’hésitez pas à me contacter, je suis toujours ravi et disponible pour aider qui que ce soit à faire avancer notre société vers plus d’écologie et de fraternité. 🙂

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A propos Thibault Turchet

Avocat de formation, chargé d'affaires réglementaires et relations institutionnelles à Zero Waste France (ONG). Passionné par le droit de l'environnement, bloggeur régulier afin de décrypter le dessous des décisions de justice.
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2 commentaires pour Les juristes, facilitateurs de la transition écologique et sociale ? Conseils aux étudiants, jeunes professionnels du droit et associatifs !

  1. Josiane Kieffer dit :

    Bonjour Thibaut,

    Merci pour ce message. Je le transmettrai aux étudiants que je connais.

    Merci pour tout ce que tu fais !

    Amitiés.

    Josiane

  2. Ping : Les juristes, utiles et nécessaires pour faciliter la transition écologique ? |

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